L'auteur et son oeuvre
EN SAVOIR PLUS SUR “L’AUTEUR ET SON OEUVRE”
Comme dans Le Seigneur des Anneaux ou La Guerre des Etoiles, après maints dangers, combats, pièges et épreuves de vingt d’années de lutte, un tout petit groupe de personnes a fait obstacle aux spectres de l’ombre pour sauver les trésors: ANNE GOLON et l’oeuvre ANGÉLIQUE, Marquise des Anges.
A l’orée de cette nouvelle oeuvre, comme se présente l’Intégrale d’Angélique, voici venu le temps de dire la réalité de ceux qui furent à l’origine du mythe ANGÉLIQUE: Anne et Serge GOLON
On a tout dit d’eux – du faux surtout – et l’on s’est même servi depuis 1989 du nom de Serge Golon pour tenter de retirer à Anne sa qualité d’auteur d’Angélique afin d’offrir l’oeuvre en patrimoine à certains pays.
En Russie, en prenant exemple sur 1991, 15.880.000 exemplaires d’Angélique s’étaient officiellement vendus dans l’année (par tirages de 100.000 exemplaires par titre, renouvelés l’année suivante…) sans que l’auteur le sache, ni n’en reçoive ses droits d’auteur. Profitant du Plan Pouchkine, des contrats sous en-tête de sociétés se définissant en toute illégalité «Propriétaire» de l’Oeuvre, permettaient de faire écrire la suite «ANGELIQUE» aux éditeurs russes en utilisant les personnages créés par Anne Golon. Ces sociétés dans la foulée définissaient «hors copyright» tous les titres de l’Oeuvre et son contenu parus jusqu’en 1981 en France, comme si l’auteur était mort depuis 70 années.
Ces contrats générèrent la mise en place d’imposteurs tels: Anne-Marie Nouvo et autres Xenia Gabrieli ou même un certain Alex Golon qui judicieusement soutenu par certains médias, se faisait passer dans ces pays pour héritier de Serge Golon et… nouvel auteur d’Angélique. Et le public russe crut pour de bon que l’auteur d’Angélique d’origine était, sinon un contemporain de Dumas, du moins était mort depuis assez longtemps pour appartenir au domaine public.
Anne Golon dut se résoudre à faire appel à la Justice en France. En 1995 tous les droits de l’Oeuvre ANGELIQUE lui étaient rendus, mais pourtant ceux-ci furent retenus à travers divers procédés jusqu’en décembre 2004.
Pendant ces nombreuses années de lutte et de misère, parurent des articles curieusement diffamatoires: «….la Veuve de l’Auteur des Angélique …», «La deuxième mort de Serge Golon…», accusant carrément Anne Golon de vouloir effacer son mari dont, d’après ce libelle, elle aurait projeté de faire retirer le nom des livres Angélique en Allemagne…
OR, IL EST DE NOTORIÉTÉ PUBLIQUE, que la première édition du livre «ANGÉLIQUE» eut lieu en Allemagne en 1956 sous un seul nom, celui de son auteur: ANNE GOLON (et ainsi en fut-il des suivants). Fait ignoré de ce genre de presse qui, pour faire bonne mesure, l’accusait aussi – tant qu’à faire – d’avoir été pendant la guerre «peu troublée par les heures noires que traverse la France.»… parce qu’à vingt ans, elle avait traversé la France occupée à bicyclette .
MAIS IL N’EST QU’UNE RÉALITÉ.
Oui, ANNE GOLON était bien partie sur les routes de France en 1941 – 1942, avec ses seules armes à elle, du stylo et de la plume. Et voici ce qu’elle écrivait alors:
«La France… c’est un mot loyal qui sonne comme l’argent.
La France… c’est aussi un oriflamme tendu vers le ciel, gonflé du vent chaud des batailles…
Et puis le visage d’un enfant qui rit au soleil.
... Ecoute-moi.
Il faut partir sur les chemins de France.
Eux seuls t’apprendront…
Quand les hommes partent pour la guerre, on les dirait tous pareils sous l’uniforme.
Mais il y a ceux qui partent, parce qu’ils sont forcés, et ceux qui partent parce qu’ils aiment l’aventure et le risque.
Il y a ceux qui partent pour défendre la paix, leur bonne petite vie confortable et routinière.
Et ceux qui partent pour défendre leur foyer, leur petite maison leurs femmes, leurs gosses.
Ceux qui partent pour défendre leur bout de terre, leur champ, leur domaine.
Et pour rendre le bonheur à ceux qu’ils aiment.
Et puis il y a ceux qui marchent droit, avec des yeux de flammes.
Et devant eux la vision de petits villages au creux des arbres et des clochers pointus sur l’horizon, et des rivières sous les saules et des cimes dans l’azur, des champs labourés, de la terre brune, de l’alouette…
Et c’est toute la patrie chrétienne qui part en envolée.
Terre de France, Royaume de Marie, Terre du Miracle de la Pucelle, terre des hommes fougueux et vrais dont le souvenir rayonne à travers les siècles comme des torches vivantes…...
D’autres m’ont dit encore:
«Voyons ma pauvre fille, tu n’y penses pas… à l’heure actuelle, dans les circonstances présentes, avec toutes ces difficultés…»
Sont-ils donc de la race de ceux qui abandonnent la Patrie parce qu’elle est soudain misérable et ruinée ?
C’est l’heure où jamais d’aller vers la France et de lui dire, de lui prouver qu’on l’aime…
Juillet 1941 – J. Danterne »
En 1945, à Versailles, courageuse comme le furent tant d’autres jeunes gens d’alors, Simone Changeux (alias Joëlle Danterne et future Anne Golon) avait caché sur ce même vélo l’un des plans du Débarquement et contribué ainsi à sauver la vie de certaines personnes d’un célèbre réseau de la Résistance, juste avant l’arrivée de la Gestapo. C’est bien la même femme qui plus tard, par ANGÉLIQUE, ferait aimer la France et son histoire au monde entier.
ANNE ET SERGE GOLON
L’Amour d’Anne et Serge Golon était preuve de son existence.
Comme la plupart des génies, ils étaient simples et joyeux, d’une intelligence lumineuse et douée de candeur. Anne et Serge Golon avaient ensemble le don du bonheur. Ne pas croire au pire, vivre comme si le beau devait toujours l’emporter; ils y croyaient et l’ont vécu. Et quand Serge Golon est mort brusquement en 1972 d’une hémorragie cérébrale, la lumière s’est éteinte dans les yeux de sa femme.
Né Vsevolod Sergeïvitch Goloubinoff le 23 août 1903 à Boukhara, Turkestan, alors territoire de l’Empire Russe où son père Sergeï Petrovitch Goloubinow était représentant du Tzar, Serge Golon, c’était un peu Marco Polo, Michel Strogoff, Tintin, Professeur Tournesol et M. Hulot réunis. Il avait vécu un quart de siècle de carrière scientifique et plus encore d’aventures sous presque tous les cieux de la terre, avant de rencontrer à quarante quatre ans la jeune journaliste Joëlle Danterne, de dix neuf ans sa cadette.
Née Simone Changeux le 17 décembre 1921 à Toulon, fille du capitaine de vaisseau Pierre Changeux, elle avait écrit son premier livre à dix-huit ans et vivait depuis de sa plume, surnommée «Troubadour» par les amis qui appréciaient ses talents de conteuse. Sous les pseudonymes de Joëlle Danterne, Anne Servoz, Dominique Ponmain, elle était déjà auteur de best-seller («Au Pays de Derrière mes Yeux», «Le Caillou d’Or», «Master Kouki», ...) scénariste, régisseuse dans le cinéma, fondatrice du magazine «France 47» devenu par la suite France Magazine. Lauréate du prix Guy de la Rigaudie, elle était partie en reportage pour l’Afrique.
Serge Golon avait lui, commencé sa vie d’aventure en fuguant à cinq ans pour aller raconter ses rêves dans les bazars. Il avait été à dix ans l’ami d’un espion allemand, prospecteur sur le lac Ourmiah qui lui donna la passion de la minéralogie et, à douze ans, celui du chef brigand redouté Riza Khan régnant alors sur les montagnes d’Ispahan. Envoyé deux ans plus tard au lycée de Sébastopol, Serge Golon avait traversé la Russie en révolution, de l’or dans ses chaussures et un pistolet sous ses hardes de mendiant et avait vu sur la Mer Noire les Bolcheviques mitrailler ses pairs aristocrates jetés à l’eau. Refoulé par l’Armée Blanche à cause de son jeune âge et des ordres de son oncle l’amiral Evgueni Petrovich Goloubinov qui ne voulait pas que son neveu se fasse tuer, il avait rejoint la France déguisé en soutier, puis sa famille, pauvre et nombreuse qui s’y était réfugiée après avoir fui vers Constantinople par le désert.
Plus jeune Docteur ès Science de France, il était parti à vingt ans en Afrique et par son salaire avait permis à ses cinq frères et sœurs de faire des études. Au service de la France-Libre – comme tant d’autres – il avait été chargé par le général de Gaulle (en A.E.F.) de trouver autant d’or et de diamant que possible afin de permettre l’indépendance financière de ses fonctionnaires par rapport à l’Angleterre et par-delà, celle de la future France libérée. Condamné par contumace par Vichy, le Dr Vsevolod Goloubinoff fut de la poignée des résistants coloniaux grâce à l’action desquels l’armée Leclerc put prendre départ depuis l’Afrique.
De passage en France au lendemain de la guerre, revenu après huit ans d’absence, il fut sollicité par un ami auteur et illustrateur pour faire un livre de souvenirs avec l’aide d’un auteur connu et recevoir un prix organisé par eux. En fait, il s’agissait d’une action montée par les principaux auteurs d’une maison d’édition afin de concurrencer leur propre éditeur et de le rendre plus accueillant à leurs exigences. Restait à trouver un innocent étranger n’ayant pas de visée littéraire et pouvant faire office de révélation avec une bonne histoire. L’on comprendra quelle aubaine fut pour eux l’étrange broussard, avec ses aventures extraordinaires.
En bon professionnel, l’auteur connu, mit en forme un des souvenirs écrits de V. Goloubinoff.
Ainsi parut «Le Cadeau de Riza Khan», sous le pseudonyme de Serge Golon. Ce dernier fut, comme prévu, lauréat officiel du Prix du Corsaire. Par l’originalité de l’aventure, ce livre eut d’ailleurs un succès mérité, au milieu de tant de livres bon teint sur la Résistance. Il n’y eut évidemment qu’un seul de ce prix-là. Et le coauteur officiel mais non nommé, ayant mis en forme les écrits de Serge Golon pour ce livre, empocha donc le prix et continua par la suite à en percevoir tous les droits d’auteur.
Cette même année (1947), le prix Guy de la Rigaudie, véritable institution et vrai concours celui-là, était gagné par la jeune Joëlle Danterne pour «La Patrouille des saints Innocents».

A VERSAILLES, Joëlle Danterne préparait ses bagages pour l’Afrique. Elle avait quelques jours plus tôt jeté une pièce en l’air sur les Champs-Élysées: Rester à lutter pied à pied dans le panier de crabes du cinéma qu’elle adorait mais qui ne la payait pas où mal (la Sacem dont elle était membre la soutiendra pour que son nom paraisse aux génériques des films dont elle était l’auteur) et de l’édition où elle se savait déjà pillée comme tant d’autres… ou tout quitter et partir le plus loin possible en reportage. La pièce était tombée sur le départ. Elle s’était acheté un billet pour l’Afrique.
Farce du destin. Quelques semaines plus tard en pleine nuit dans la brousse, sur les hauts plateaux Bembé, Joëlle Danterne, reporter free lance, débarquait chez un colonial original avec un nom bizarre dont un confrère – le coauteur du livre de Serge Golon – lui avait justement parlé.
Ainsi commença leur histoire. Elle fut belle et magnifique. Caravanes, tribus amies ou menaçantes, forêts sacrées, malédiction des sorciers, rattrapage, crimes et menaces des grands industriels et mines volées…, décolonisation, retour en France, misère, huissiers ne sachant quoi leur prendre, appel à la Présidence de la République. Serge Golon, chômeur et endetté, passa des années en navette entre Paris et Versailles pour tenter de retrouver du travail dans sa profession de prospecteur. En vain. Il y avait des raisons à cela, mais je ne les conterai pas ici.
Survivant par les seuls droits d’auteur des livres de Joëlle Danterne, ils eurent l’idée de s’allier en écriture pour faire ensemble des articles scientifiques et mettre en forme certains souvenirs de Serge tel «Le Coeur des Bêtes Sauvages». Comme il s’agissait des souvenirs de son mari, Anne souhaita qu’ils paraissent sous le pseudonyme de celui-ci. Ainsi fut publié aussi «Les Géants du Lac», que Joëlle Danterne écrivit avec lui et proposa à son éditeur. Ce faisant, elle publia trois de ses propres livres sur l’Afrique dont «Alerte au Tchad».
ET ANGÉLIQUE FUT CRÉÉE
Un jour de 1952 à Versailles, alors qu’Anne tournait en rond la plume à la main, le merveilleux paysage du Poitou envahit la petite pièce qu’ils louaient chez sa mère depuis leur retour en métropole : c’était le paysage qu’elle avait rencontré lors de son premier voyage à bicyclette pendant la guerre. Elle revit la campagne, les frênes têtard penchés sur le marais luminescent, de grandes fleurs jaunes… et une petite fille blonde, courant joyeuse.
Angélique, Marquise des Anges lui apparut ce jour-là comme lui étaient déjà venus les personnages de «Master Kouki», de «La Caisse de Limba» ou ceux de «La Patrouille des Saints Innocents»: non comme une apparition à Lourdes, mais comme vient à tout créateur, à tout vrai auteur, la création qu’il va faire naître. Et ce mystère est certainement proche du précédent. Ce jour-là, Anne Golon sut que cette enfant serait le début et l’héroïne de sa nouvelle histoire, qu’elle vivrait sous Louis XIV et irait un jour en Amérique… ANGÉLIQUE. Angélique, comme la plante des marais à fleurs jaunes, dite «l’herbe des anges», comme le prénom à la mode au XVIIème siècle, comme… une touche ailée du Ciel.
POURQUOI LE XVIIème SIÈCLE?
Parce que rien n’existait alors en littérature moderne sur le Grand Siècle. Et, habitant alors Versailles, ils étaient proches du château, à l’époque encore à demi-abandonné et de la bibliothèque regorgeant de documents inconnus. Anne et Serge y entrèrent ensemble, en explorateurs qu’ils étaient. Serge découvrit un vieux livre sur les hobereaux pauvres. Anne choisit d’y placer la famille d’Angélique de Sancé qui vivrait dans un vieux château. Ils découvrirent l’histoire inconnue de la guerre entre le Nord et le Sud de la France, entre la civilisation des langues d’Oc et d’Oïl. Et Anne créa le comte Joffrey de Peyrac, grand seigneur occitan appuyé sur une canne. Sur les quais de Seine, ils trouvèrent un vieux livre sur les Barbaresques, les Frères-aux-Ânes et le commerce des esclaves en Méditerranée. Et Anne vit qu’Angélique, forcément, irait un jour sur la mer. Ainsi commença l’oeuvre.
Serge Golon aimait mettre des chantiers en route, de toutes natures. Il eut l’idée de confier le manuscrit de sa femme, Anne Golon, à une agence atypique semblant prometteuse (Opera Mundi avait introduit en France les BD de Walt Disney, dont le journal de Mickey); comme il voulut plus tard inventer pour elle les couleurs les plus belles, mieux aptes à servir ses talents de peintre… Mais cette fois-ci se retrouva pris à son tour par l’Art et devint ainsi peintre. Serge Golon était de ceux, rares, qu’exalte le talent de l’être aimé. Il aimait que sa femme soit ainsi, passionnée, écrivain de la tête aux pieds, habitée de son œuvre.
Jamais ce ne fut donc, comme pléthores d’articles le dirent ou leur firent dire: chacun écrivant 50% des textes ou «…à elle l’imagination, à lui, l’ingénieur, la rigueur scientifique», ou pire, une «recette» fabriquée par eux, «mercantiles et rusés calculateurs», ou encore un «couple de simples nègres aux ordres» des idées supposées géniales de leur agence.
A la décharge des médias d’alors, cette désinformation était en fait… organisée par l’agence elle-même.
Angélique parut en Allemagne en 1956 sous le nom de Anne Golon, puis en 1957 en France, sous les noms d’Anne et Serge Golon et de Sergeanne Golon en pays anglophones, par décision de cette agence, arguant qu’un nom d’homme faisait «plus sérieux». Ainsi commença l’histoire des livres ANGÉLIQUE dont le succès phénoménal serait sans égal encore à ce jour.
En 1959, Anne et Serge Golon choisirent d’aller vivre avec leurs enfants en haut des montagnes suisses, dans un petit chalet. Une nouvelle vie sous l’égide de la nature qui serait suivie de voyages et d’autres aventures. Mais toujours resterait pour eux ce point d’ancrage et de cœur de ce petit pays fédéré, premier inventeur et précurseur au Moyen Âge de la démocratie et des droits du citoyen.
Sans Serge, sans l’amour qui fut le leur, sans doute Anne n’eut écrit Angélique; en tout cas pas cette œuvre-là.
Car la rencontre de l’Amour – le vrai – est si grand miracle qu’il enchante à jamais ceux qui le croisent. Divin, humain, mystique, il habite toute l’oeuvre ANGÉLIQUE.
Il les avait touchés ce matin au Congo où Vsevolod Goloubinoff vit cette jeune fille contempler l’Afrique qu’il aimait. Il sut qu’elle serait sa vie ou qu’il devait mourir et fit l’ordalie en plongeant dans les chutes de la Bouenza où l’on précipitait les coupables pour le jugement de Dieu, tous disparus comme les troncs d’arbres réduits en sciure. Lui en ressortit vivant, une orchidée blanche entre les dents, cueillie pour sa dame – qui le croyait mort – sur l’île du milieu du fleuve. Ils ne se demandèrent jamais en mariage mais se marièrent à Pointe-Noire; couple à odeur de souffre (à l’époque) d’un orthodoxe et d’une catholique. Et l’aventure commença là où elle finit toujours dans les contes.
Sans Serge, Joffrey de Peyrac eut-il été ce gentilhomme si fascinant? Non. Parce qu’il fut la muse d’Anne.
Tel était Serge Golon, descendant de boyards, savant, inventeur, Docteur ès Science et titulaire d’une dizaine de licences, parlant 17 langues, aventurier malgré lui, père de famille, peintre, amoureux des roses et de sa femme. Cet homme-là aurait-il eu vraiment besoin pour exister avant et après sa mort, de faire retirer à celle-ci sa qualité de créatrice et d’auteur des «ANGÉLIQUE»?
IL N’Y A QU’UNE RÉALITÉ.
Depuis nos premiers souvenirs, mes frères, soeur et moi-même avons vu notre mère écrire ANGÉLIQUE chaque jour et notre père peindre et continuer ses recherches scientifiques depuis le retour de son dernier voyage en Afrique en 1961. Enfant, j’ai vu à plusieurs reprises des journalistes des plus connus de l’époque se détourner de lui avec un sourire méprisant quand, interrogé sur Angélique, Serge Golon leur disait «Demandez à ma femme. C’est elle l’auteur, c’est elle qui écrit.» Et ceux-ci jugeaient le mari en «pauvre type…», simplement parce qu’il donnait à son épouse sa place légitime d’auteur. Il est vrai qu’alors en France, la femme mariée avait légalement autant, sinon moins de droits qu’une mineure – comme il en est encore aujourd’hui dans certains pays.
Anne aimait offrir à Serge une vie paisible – autant que faire se peut – afin qu’il poursuive ses travaux de scientifique sur les couleurs – entre autres – et dans sa quête du peintre mystique qu’il était devenu, de retranscrire sur ses tableaux les beautés de la nature.
Ils étaient complices, joyeux, amoureux et parents aimants. Et nous, enfants d’Anne et Serge Golon avons reçu d’eux une enfance magique.
EPILOGUE ET FUTUR.
Après toutes ces années de lutte au jour le jour, de désespoir, de pauvreté et d’abandon de toutes illusions passées, la victoire d’Anne Golon et d’Angélique s’annonce – par l’espoir et l’aide venus d’internet, la rencontre de l’Auteur avec ses Fans du monde entier; par la force de la solidarité, de l’amitié, par le soutien sans faille des peintres sculpteurs Iva Garo et Régile sans lesquelles j’aurais été seule dans la mission que je m’étais donnée en 1991, de sauver ma mère et son œuvre.
Aujourd’hui, la petite silhouette ronde d’Anne Golon secoue la poussière du passé, et reprend son chemin, après toutes ses années où elle dut subir successivement tant d’agressions morales que d’opérations chirurgicales. A peine décoiffée, à peine vieillie, comme avant, comme toujours, les pieds bien sur terre et la tête bruissante d’images, elle reste habitée de son oeuvre grandiose, présente et future.
Cette femme-là jamais ne pourra devenir cynique ni quitter l’espérance. Où elle n’aurait été l’auteur d’Angélique. Et cette oeuvre n’aurait pu naître par elle.
Par cette édition: ANGÉLIQUE L’INTÉGRALE, avec Les Editions du Refuge, Anne Golon reprend un nouveau souffle, avec la même bravoure, l’innocence et l’éternelle jeunesse de ses héros.
Nadia Goloubinoff


