Livre 5

Ombres et Lumières dans Paris

Ce titre est le 5ème Tome, de la Saga du roman historique ANGELIQUE L’INTEGRALE.

Nulles ténèbres plus profondes que celles qui pèsent sur la cour des Miracles de Paris où l’on peur trouver refuge, mais disparaître à jamais dans l’anonymat de la déchéance.
“Nul n’échappe à la matterie”, à l’empire de la gueuserie, a dit durement à Angélique Nicolas-Calembredaine, le bandit qui la protège.
“Tu le peux si tu as quelque chose à sauver”, lui a dit le vieil homme qu’on appelle le Magister.

Au-delà du parcours de la nuit, le rayonnement, le jour, des quartiers et rues de Paris où s’épand la gaîté du petit peuple courageux, hanté de cris d’appel constant, l’éternel dialogue entre celui qui tente et celui qui se laisse sèduire, et la ritounelle se fait poésie, alléchante, rassurante. On n’hésite devant rien. – Fraises. Fraises! Douces fraises. Approchez petites bouches! – Hareng blanc! Hareng blanc! Il n’est pas pourri dedans! Il nest pas trop dessalé. Mais il est un peu hâlé. – Cidre! Du doux! Du doux pour les filles! – Fromage d’Auvergne! – À mon pot d’oeillets! Il est planteux! Pour faire des bouquets!
Chaque cri jaillit en fanfare destiné à surprendre et à dominer celui du voisin. Rien n’est perdu. Tous s’y retrouvent.

Les cris de la nuit sont d’une autre sorte: de peur et d’agonie.
Mais la clarté du jour ramène à l’ardeur de la vie.
D’un point de la colline de Saint-Cloud ensoleillée un jour d’été, d’où elle contemple au loin les dômes de la capitale, à ce soir de décembre où, dans les premiers flocons de l’hiver surgissent le chien, le policier et les pamphétaires – sinistre trinité de Paris! – et où elle va devoir regarder en face un des visages de son passé, Angélique ne cesse de bataillier, lutter, combattre sans merci, afin de se hisser, avec ses deux enfants, hors de la misère.

OMBRES ET LUMIÈRES DANS PARIS un inédit d’Angélique l’Intégrale d’Anne Golon est à la disposition du lecteur. ISBN: 2-9700527-4-1; 978-2-9700527-4-6


LE MOT d’ANNE GOLON

Achevant la correction de ce cinquième tome – lecture, relecture, jusqu’à ce que les lettres des mots s’incrustent dans ma rétine, sous le coup de la fatigue, voici que j’ai eu une vision que j’appellerai «le Tunnel de la Mort» et qui n’était en fait qu’une vison symbolique des quelques trente années de vie précédant ce moment où nous mettions la dernière main au cinquième volume de l’Intégrale d’Angélique «Ombres et Lumières», clôturant le volet «Marquise des Anges».
La vision qui s’imposa à moi était proche de celle que donne, un dimanche soir d’hiver l’autoroute, l’apparition dans la nuit piquetée de lumières de longues traînées parallèles qui s’allongent, lointaines, coulant vers un même but.

Dans ma vision, cette ligne sombre qui descendait vers moi et qui était comme détachée, c’était ma vie de tous les jours, jour après jour, années après années, semée d’obstacles ordinaires – quand j’avais quatre enfants en études prolongées – et d’obstacles étranges, anormaux, contre lesquels j’avais trébuché, année après année, et que je n’ai pu discerner et affronter qu’au bout du tunnel, quelques vingt, trente années plus tard.
Après un succès immense, et malgré les nouveaux tomes que j’écrivais, les livres d’Angélique avaient disparu des librairies françaises, mes ex-agent/éditeurs me répétant de diverses façons qu’il n’y avait plus de lecteurs pour mes livres, définis par eux – au mieux – de «poussiéreux». Mes droits sur les éditions étrangères versés de façon très aléatoire, les livres devenus introuvables en pays francophones et anglophones, Angélique disparaissait comme œuvre littéraire; phénomène (provoqué- mais je ne le sus que plus tard) qui peu à peu, me condamnait à la ruine, à la disparition. Années pleines de pièges et de destructions.

Jetant un regard sur cette vision crépusculaire et chaotique, je me demande comment Angélique a pu survivre, continuant immuable au milieu des bouleversements que j’étais condamnée à vivre. Et je découvre que c’est parce qu’en fait, elle ne m’a jamais quittée.
Angélique est cette trace lumineuse, sereine, indéfectible, qui adhère à ma personne et la suit sans à-coups, sans contrainte, tout le long de ce tunnel obscur de longues et nombreuses années d’une vie peu à peu détruite. Angélique ne m’a jamais quittée. Quoiqu’il m’arrivât de pénible, de tragique, au moment où je m’asseyais le stylo en mains, je la retrouvais, elle et son monde – et je n’avais pas à me préoccuper de sa fidélité.
J’écrivais, j’écrivais. Pourquoi m’interrompre dans ce récit? C’est l’histoire de la vie d’une femme. Et en profondeur, l’histoire de la vie d’un couple, dans un décor historique plein de surprises et de découvertes. Il fallait traquer la vie, celle d’Angélique et de Joffrey de Peyrac dans des livres d’Histoire, souvent pleins de faussetés et d’idées préconçues, et y trouver le reflet de la nôtre. J’écrivais, j’écrivais. Et sa vie m’entraînait. Avec elle je me suis passionnée à faire découvrir une page d’Histoire ignorée, celle de l’Amérique du Nord au XVII siècle. Dans «Angélique et sa victoire» – c’était mon titre, qu’on transforma en «La Victoire d’Angélique»- j’arrivai à cet l’affrontement de la Femme et de son adversaire premier. Mon ex-agent d’alors le présenta comme « l’ultime » livre de la série. Des articles dirent même que j’avais décidé d’arrêter d’écrire…

Alors il me fallut entreprendre de sauver cette œuvre – treize livres dont certains avaient plus de 800 pages-, sauver Angélique de cette disparition organisée. Seul un procès, malgré ses insuffisances permettait d’exhiber des documents, d’avancer des preuves, enfin d’élaborer un dossier où le préjudice qui m’était causé prenait une pesante réalité.
Avec ma fille Nadia et deux amies peintres et sculpteurs, éditrices aussi de livres d’art, Iva Garo et Régile, pour la défense de l’œuvre littéraire Angélique et celle des artistes spoliés, nous avons fondé Archange International qui s’est présenté avec moi devant les tribunaux et s’est battu depuis 1996 contre de multiples abus et contrefaçons.
De la ruine à la précarité, mais il n’y avait pas d’autre choix. Il fallut faire des prodiges pour trouver, rassembler l’argent afin de payer les avocats, pour la plupart avides et méprisants, même s’il y en a eut pour sauver l’honneur de la profession. Pendant ce temps, l’interdit de parler de moi dans les médias français me condamnait à l’oubli général.

Puis un jour, le miracle d’internet transforma cet horizon maussade, perça ce silence mortel. Dans la bataille, les trésors nouveaux de techniques époustouflantes nous fit rencontrer un premier «fan» d’Angélique : Harvey Adkins, cette première voix dans la nue (en 1997), ce premier appel sur les ondes, qui réclamait les livres Angélique comme on lance une bouteille à la mer, et ressuscitait mon nom d’auteur. Il devint le Président des « Friends of Angelique » (les Amis d’Angélique), premier groupe de «fans» anglophones de tous pays qui grandit peu à peu, soutenant notre combat pour la résurrection d’Angélique et de son auteur. Puis Brigitte Luce Collet, première lectrice française rencontrée après tant d’années de silence, qui écrivit un article courageux sur internet, offrit une vie heureuse à deux de nos chats et contribua à la réalisation des tomes 4 et 5 en retrouvant et traduisant de l’allemand des passages qui avaient été supprimés des premiers livres français; Fleya de Ugalde, qui vint me visiter à Versailles en 2000 avec ce groupe de lecteurs de dix pays, et qui aujourd’hui traduit l’Intégrale d’Angélique pour la nouvelle édition espagnole; Anna Ludlov, dont le courage et la bonne humeur nous ont aidé aux jours sombres, pilier du groupe anglophone, la présence efficace de Marysia en Angleterre, Graham, ou Elaine, Joyce en Amérique, Sylvianne en Belgique, Sandrine en France, Marie-France Bernier au Québec qui lança une pétition mondiale pour ma cause; Steve d’Australie, Doris d’Autriche, Anna Aspector, Lika de Russie, Jana Kratka de République Tchèque, Mariann de Suisse, Seiji Toyota du Japon, Liane Chen de Taiwan, Irina Dubov ou Gennady Ulman, notre oreille et notre voix russe et tant d’autres encore que je ne peux nommer tant leur liste est longue.

Les derniers jours du procès et les arrangements, plein de difficultés, d’embûches et de rebondissements, puis l’édition des deux premiers livres de l’Intégrale : Marquise des Anges, Mariage Toulousain, se déroulèrent dans un foisonnement d’actions, d’audaces nécessaires de notre part, non sans anxiété. Mais Angélique était enfin libre!
Elle est maintenant entre nos mains, et ce qui est sa force : une foule amoureuse de lecteurs l’escorte désormais et ne la laissera plus sombrer.
À peine l’ai-je rêvé que l’Intégrale prend son essor. Cinq livres déjà! Iva Garo en exécute les couvertures, des oeuvres nouvelles, un art qui ne trompe pas sur la valeur du livre.

Si l’on fait le point, une autre vision émerge et je vois que le tunnel de la mort aboutit à la Vie. Une vie à la fois nouvelle et semblable pour ce qui était perdu, oublié : non seulement la réapparition des textes qui avaient été effacés, mais leur complément.
Alors que je m’incline et je renonce à l’amertume. Mais aussi je m’insurge. Trente années de tourments, de vie gâchée, d’inexplicable trahisons ; veut-on laisser croire que tout s’arrange d’un coup de baguette magique? Tout n’est pas si simple.
Et pourtant si.
Des catastrophes arrivent que les années recouvrent et vont emprisonner à jamais comme sous une lave épaisse. Et puis on s’aperçoit que l’on en émerge, contre toute possibilité, grâce à des forces fragiles auxquels le monde d’aujourd’hui ne croit plus : l’amitié, la solidarité, la passion pour sauver quelque chose de valable, la force d’une vocation pour un métier, une profession, un talent, la force de plusieurs talents réunis en gerbe. Un bouquet de talents et de vertus réelles. Merci Archange.

Et derrière cette réussite aujourd’hui décisive, ils sont tous là, ceux qui avaient conservé le souvenir d’Angélique, qui l’avaient recherchée, reconnue, retrouvée, et qui ne l’ont pas abandonnée, tous ceux qui m’ont aidée à arriver à ce jour où j’écris ces mots. Dispersés et rassemblés à travers le monde, dans une lumière particulière, ils sont là, et je les vois comme des héros de roman qui embellissent notre temps et le sauve de ses insanités.
À tous, où soient-ils, je leur dis merci, bonne vie nouvelle et réussie.

Anne Golon
25 Novembre 2007

Harvey Adkins, President des Friends of Angélique, nous a quitté le 23 juin 2007.
www.worldofangelique.com/harvey2.htm